Expériences horticoles

Petite fille, j’étais déjà intéressée par les végétaux.

Première expérience de cultures hâtives : deux épaisseurs d’ouate bien humectée, quelques haricots blancs mis à couver entre et… surveillance proche, car l’impatience de la jeune horticultrice est manifeste ! On va voir chaque jour, plusieurs fois par jour même. On arrose.

Et, oh merveille, les haricots se fendent d’un sourire béat pour laisser passer une jeune plantule vert tendre… qui ne donnera rien du tout, étant donné les conditions de culture ! Néanmoins l’expérience en vaut la peine, l’attente est si excitante et la pousse est si jolie.

Ajoutons une paire d’années et un bout de jardin réservé à chaque enfant. On voit de suite qui sera passionné. Les frères, eux, font confiance à la nature et lui laissent carte blanche.

Du côté féminin, c’est autre chose : on bêche, on ratisse, on bine, on sème. Des radis, parce qu’ils poussent vite, du cresson alénois, idem, et il pousse tellement vite qu’on est dépassé et qu’on le voit monter en semence. Des salades, des carottes ? Sans doute.

Ajoutez à cela l’amour pour les poules : la jeune fermière a ramené, de chez sa marraine, un poulet martyrisé par ses congénères. Voyage en train, svp, avec le gallinacé dans un petit carton et puis installation du poulet chéri dans le jardin. Il sera promené dans une poussette de poupée sans aucun problème.

Les années passent. Il y a toujours un jardin dans ma vie. Lieu d’émerveillement, d’apaisement, de satisfaction et d’échecs, d’apprentissage de la patience et aussi de philosophie. On ne fait pas vraiment ce qu’on veut des plantes : elles ont leurs humeurs, leurs goûts, leurs maladies, leurs guerres entre clans. Parcourez les allées, tout va bien dans le meilleurs des mondes, mettez un pied dans une plate-bande et tout peut arriver. Une racine vous fait broncher, une tige épineuse vous retient, une branche vous fouette le visage, des petites boules collent dans votre pull, des feuilles sèches se mêlent à vos cheveux…

Le summum du plaisir se vit à la charnière entre l’hiver et le printemps, quand il faudrait presque une loupe pour détecter les premières pousses qui sortent de terre, ces minuscules végétaux qui portent en eux l’espérance d’un tableau coloré ou d’une récolte délicieuse.

On a envie de mettre ses mains en coupe autour d’eux pour les protéger des derniers frimas.

Il va pourtant falloir faire confiance à la nature, accepter des pertes, recommencer des semis, se casser le dos à désherber, arroser… Encore et encore.

Au jardin on apprend la modestie, la confiance, en hiver, que tout reverdira au printemps. On y apprend aussi la persévérance, le respect, la délicatesse, l’attention aux petites pousses.

Au jardin de l’humanité, si on pouvait porter autant d’attention aux êtres fragiles, ne pas nous arrêter à leur hiver et avoir confiance dans leur capacité de renaître.

Si on pouvait les respecter dans leur identité propre, dans leur manière d’être et de vivre.

Pussions-nous être des jardiniers d’humains prêts à retrousser nos manches pour les aider à se développer, leur donner confiance en eux-mêmes afin qu’ils grandissent vers la lumière.

Puissions-nous être des semeurs d’espérance, des tuteurs solides en cas de tempête, des passeurs d’encouragements.

Si nous sommes tout cela, nous aurons peut-être l’immense joie d’une floraison multicolore, odorante, vivante et d’une fructification abondante et, comme au jardin, nous resterons modestes, sachant que c’est Dieu qui fait pousser et qui nous donne de voir de vraies résurrections dans un monde qui parfois oublie son âme de jardinier.

Yvette Vanescote

 

Image : pixabay

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