Élue par l’Assemblée synodale le 17 mai 2025, la présidente Isabelle Detavernier répond aux questions de ProNews à l’aube de son mandat. Elle nous explique comment se passe le début de cette mission, notamment la période de transition de 4 mois durant laquelle elle a collaboré avec le président Steven H Fuite. C’est aussi l’occasion de lui demander ce qu’elle envisage pour ses premiers mois de travail à la tête de l’EPUB.
Ce 1er janvier 2026, vous avez pris la relève à la présidence de l’Église protestante unie de Belgique. Comment se sont passés les quelques mois entre le vote de 17 mai 2025 et votre entrée en fonction ?
ID : Une partie du temps a été consacrée à mener à terme ma mission en paroisse. J’ai donc travaillé à mi-temps à Bruxelles-Botanique et consacré l’autre mi-temps à ma préparation pour mes nouvelles responsabilités. Mon cerveau s’est comme dédoublé, entre ma passion pour ma paroisse et le défi très stimulant de la présidence.
Depuis septembre, nous avons travaillé en collaboration étroite avec le président Steven H. Fuite. Cette période de 4 mois m’a offert l’occasion d’évaluer les défis, de récolter des informations et des réflexions de sa part. J’ai pu mesurer l’évolution de sa mission qui a duré 13 ans. Les responsabilités et enjeux liés à la présidence ont été redéfinis, sous l’effet des changements sociétaux, administratifs et politiques.
Ces échanges m’étaient absolument nécessaires pour démarrer. En effet, même si j’ai pris à cœur mon mandat au conseil synodal, ce poste ne pouvait me donner qu’une vision partielle de ce qu’est la présidence. Je compte enfin beaucoup sur le soutien de l’équipe de la rue Brogniez.
Faire le choix de se présenter à la présidence, c’était le fruit d’un discernement…
ID : L’appel pour le poste de présidente m’est venu tardivement. Je suis restée seule pasteure à la paroisse du Botanique pendant 4 ans. Lorsque mon collègue Florian Gonzalez est arrivé, je me suis sentie plus à l’aise. Des personnes de districts différents m’ont suggéré de me présenter aux élections. Tandis que des proches me demandaient pourquoi me relancer dans une aventure exigeante plutôt que me poser. J’ai réalisé que nous ne sommes pas appelés au confort : avoir la foi, c’est être nomade.
En décembre 2024, durant les congés de fin d’année, j’ai fait une retraite à Rixensart, pour voir si je reconnaissais la voix de Dieu dans ces appels. J’ai beaucoup prié. Et la réponse m’est apparue de répondre positivement.
C’est la première fois qu’une femme est présidente de l’EPUB, et cheffe d’un culte chrétien en Belgique. Y a-t-il une spécificité protestante en matière d’émancipation féminine ?
ID : Je voudrais d’abord rappeler que ce ne devrait pas être un événement. Ce n’est pas non plus un effet de mode. Au contraire, c’est naturel.
L’Église protestante unie de Belgique s’inscrit ici dans une dynamique plus large tant culturelle qu’historique. Plusieurs églises protestantes ont en effet déjà confié de telles responsabilités à des femmes.
Et la question n’est pas récente. La Réforme soutient, dès l’origine, que chaque personne a un accès direct à Dieu, sans intermédiaire et sans hiérarchie. C’est le principe du sacerdoce universel. Et les femmes ont très tôt été valorisées dans des rôles d’éducation, de catéchèse et de transmission de la foi.
La mise en œuvre a certes pris du temps et je ne serais pas là aujourd’hui si d’autres femmes avant moi n’avaient pas eu le courage de montrer le chemin. Mais ce n’est pas une révolution. C’est l’aboutissement d’un long chemin de fidélité à nos principes. L’Église reflète simplement la composition de la société et du Royaume, tout comme pour les jeunes ou les personnes d’autres cultures, par exemple.
Comment vous situez-vous par rapport au travail de votre prédécesseur ?
ID : J’admire ce que le Président Fuite a accompli. Les premières années de son travail, il a beaucoup œuvré à reconstruire un climat de confiance dans l’Église, celui-ci avait été abîmé. En 2023, son document de travail intitulé Gestion du corps pastoral a été un choc salutaire pour les communautés : nous, membres de l’Église, sommes à un point de bascule critique. Nous devons trouver des réponses à la crise des vocations pastorales et au vieillissement des paroisses, sans quoi nous ne serons plus à même d’honorer notre mission.
Je m’appuierai sur ce constat et sur les progrès déjà réalisés, en m’ancrant dans le Seigneur, mon amour pour l’Église, la passion pour l’Évangile que j’éprouve depuis l’enfance. Mais avec ma propre approche.
Pour prendre une image, je vais tricoter mes brins de laine à l’ouvrage existant. Ce sera une autre couleur, un autre point.
D’ailleurs, plusieurs personnes sont déjà venues vers moi avec des idées, des stratégies. C’est magnifique, je trouve ça extrêmement porteur ! J’aborde l’avenir avec beaucoup de confiance.
Et l’entrée en fonction et le travail de présidente, justement, comment les envisagez-vous ?
ID : Je garderai ma fibre pastorale et la connexion avec le terrain : je veux aller au contact de la base, des paroisses, des Assemblées de district. Pour pouvoir assurer cette présence nécessaire, je m’appuierai sur les relais existants (l’équipe administrative, le CS, l’administrateur général, etc) dans la préparation des dossiers administratifs et externes.
Très rapidement, je fixerai des rendez-vous pour rencontrer les communautés et assister à des célébrations. C’est ce vécu local qui peut indiquer les directions à prendre.
La Parole qui nous est adressée et que nous célébrons ne s’arrête pas aux murs de nos temples : elle nous invite à sortir, à risquer une parole vivante et ouverte au cœur du monde. Notre époque n’est pas simple : beaucoup ressentent des tensions croissantes, un climat social qui se durcit, des discours qui enferment et opposent. Dans ce contexte, il nous appartient d’être des artisans de paix osant témoigner, par le ton qu’ils adoptent, par la façon dont ils écoutent et prennent la parole, d’un chemin de douceur, d’hospitalité et de réconciliation. C’est aussi une mission de nos églises locales : être des lieux qui donnent souffle, qui aident chacun à ne pas céder à la peur ou à l’amertume, et qui appellent à oser une société plus humaine.
Durant la campagne, j’ai beaucoup apprécié les idées d’Emmanuel Coulon concernant le rôle des jeunes dans l’Église. Cela a également touché de nombreux membres de nos communautés. C’est un thème qui nous tient tous à cœur et dont je souhaite faire un engagement : travailler avec eux, les jeunes, et leur donner plus d’espace pour qu’ils contribuent à notre vie d’Église, quitte à nous bousculer un peu dans nos habitudes.
Quelle visibilité et quel visage souhaitez-vous pour l’EPUB ?
ID : Je souhaite à l’EPUB d’être une Église joyeuse, fière de sa riche minorité, tout en restant en lien avec les souffrances du monde, pour y apporter une parole de confiance et d’espérance.
Ce qui se passe à Gaza, au Kivu, en Ukraine et dans tant d’autres lieux, nous touche et nous blesse. Je ne vois pas comment on peut concilier la proclamation d’un Évangile de grâce avec des paroles qui mènent à la division et jettent l’opprobre. Nous, membres du corps du Christ, portons un ministère de réconciliation. L’Église a un trésor : enracinée dans la Parole, elle est témoin de la Grâce du Christ qui relève et redonne Vie. J’ambitionne pour l’EPUB d’être ancrée dans cette Parole et d’être suffisamment consciente de ses richesses pour sortir les partager au monde, même au milieu des intempéries politiques et sociétales.
Nous avons la chance d’avoir des liens avec de multiples églises sœurs en Europe et en Afrique. Nous sommes nourris par leurs témoignages, leurs réflexions théologiques et leurs engagements. Ne perdons pas le contact avec elles pour rester éveillés à cette dimension incontournable de l’Eglise Universelle qui nous fait grandir tous.
Pasteure Isabelle Detavernier,
Présidente du Conseil synodal de l’Église protestante unie de Belgique

