Opposition à la rhétorique impérialiste, promotion de la paix

Du 1er au 3 décembre, une conférence s’est tenue à Helsinki sur la question de savoir comment lutter contre la pensée impérialiste et l’idéologie du « monde russe ». La conférence était organisée par la CEC, la Conférence des Églises européennes. Ce furent trois jours passionnants, au cours desquels les participants n’ont pas éludé les questions difficiles.

C’est à partir de l’idée que le « monde russe » est un espace culturel, spirituel et géopolitique, et surtout une civilisation à part entière, que la guerre de la Russie contre l’Ukraine est justifiée. Peu à peu, la frontière entre idéologie politique et théologie s’est estompée et cette guerre est présentée comme une « guerre sainte », pour laquelle même la promesse d’un pardon préventif des péchés pour les crimes de guerre n’est pas écartée. Cela est théologiquement inacceptable et constitue une déformation des valeurs fondamentales de l’Évangile.

L’idéologie du « monde russe » nie l’identité nationale de l’Ukraine, mais aussi celle des pays voisins, ainsi que leur droit à l’autodétermination. Sur la base d’une vision dualiste du monde (la tristement célèbre opposition « nous contre eux »), l’Occident, avec son insistance sur les droits de l’homme, la démocratie, le libéralisme, l’égalité des sexes et l’autonomie individuelle, est présenté comme un mal que la Russie doit combattre afin de préserver les valeurs traditionnelles qu’elle prétend défendre. Dans le même temps, l’idéologie du « monde russe » prône la haine et la guerre plutôt que la paix et l’amour du Christ.

Comment les Églises européennes peuvent-elles réagir ?

Il est de la responsabilité des Églises de mettre le Christ au centre en tant que Roi, mais pas un roi qui opprime et règne par la force. Le Christ nous enseigne que régner signifie avant tout servir. Deuxièmement, le Christ nous apparaît comme un prophète. En tant que tel, il s’inscrit dans la tradition des prophètes de l’Ancien Testament. Les prophètes dénoncent l’injustice et défendent la vérité contre le pouvoir. Troisièmement, le sacerdoce du Christ renvoie à la communauté des Églises et à la puissance de la prière. Ainsi, le triple ministère du Christ donne une image claire de ce que les Églises doivent faire : servir avec amour, parler courageusement et prier fidèlement.

Quelques actions concrètes :

– Dénoncer l’abus de la foi par les Églises en Russie, par exemple lorsqu’elles proclament une « guerre sainte ».

– Réfléchir de manière critique au « monde russe », par exemple en démasquant la sacralisation du pouvoir politique ou en évitant de confondre le Royaume de Dieu avec une entité politique ou une forme de domination particulière.

– Nommer le péché comme tel, par exemple lorsque des crimes de guerre sont commis.

– Renforcer les voix, y compris celles des dissidents russes, qui s’opposent au nationalisme religieux.

– Continuer à réagir avec bienveillance dans les discussions sur l’invasion russe de l’Ukraine, par exemple en évitant d’utiliser des mots dégradants.

– Apporter un soutien direct aux victimes et aux réfugiés.

– Encourager les églises locales et les membres de la communauté à prier pour les victimes de crimes contre l’humanité.

– Prier pour ceux qui sont complices de l’agression de la Russie contre l’Ukraine afin que la grâce de Dieu ouvre la voie à une paix et à une réconciliation juste.

– Œuvrer à un dialogue sur la vérité et la réconciliation entre les églises locales en Europe et les églises en Russie, rejetant toute forme de nationalisme religieux.

 

Chris De Pauw,

Pour le conseil synodal

Image : Ian Henderson Pixabay

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